Lundi 16 octobre 2006 1 16 /10 /2006 20:05


Nous sommes en plein coeur de Buenos Aires. Certes, officiellement, l'hiver est toujours là. Mais le printemps commence maintenant dans deux jours, à peine. Qui plus est, aujourd'hui, il fait vraiment très chaud. En bons gros touristes que nous sommes, nous déambulons donc dans tous les quartiers de la capitale Argentine en bonnes vielles tongs et bermudas d' été. Au début, on n'est pas trop surpris de voir certaines personnes zieuter nos pieds, un peu étonnés, quand même. Alors que eux, les vrais « Portenos » - habitants de Buenos Aires -, en sont encore quasi au gros manteau de laine et aux grandes bottes d´hiver.

 

Mais tout même, au bout d'un moment, on ne peut pas s'empêcher de le remarquer, les regards sont vraiment tous très très (très) insistants. Et le plus souvent accompagnés d'un horrible rictus de dégoût. Un peu plus et ils nous vomiraient tous quasiment dessus. A ce point, c'est tout de même un peu étrange. On finit donc par s'interroger. Mais pourquoi donc ce drôle de comportement ? « Buenos Aires et ses habitants ont une relation complexe et parfois tendue avec le reste du pays. De nombreux Portenos ont les yeux rivés à l'exterior (surtout l´Europe et les Etats-Unis) et ignorent quelque peu l'interior du pays (la province) et ses habitants. Outre la domination économique et politique, les gens de l'interior ressentent vivement la condescendance que montrent parfois les Portenos. Les provinciaux trouvent les Portenos trop occidentalisés, trop stressés, trop extravagants...» Dixit, le guide du Routard Argentine. Au fur et à mesure de nos lectures, nous commençons un peu à mieux comprendre à quoi, ou plutôt à qui, nous avons à faire... 

 

 

Pour commencer, l'apparence à Buenos Aires serait vraisemblablement tout. Forcément, ici, on se sent beaucoup plus Européen qu'Argentin. Même plus d'un siècle après les premières vagues d'immigration venue d'Europe à la fin du XIXe siècle, qui ont très majoritairement formé Buenos Aires (et le reste de l'Argentine d'ailleurs, avec 90% d'Argentins revendiquant en fait une origine européenne, pour seulement 10% d'indiens ou métisses), on continue à se comporter comme tel. Quelque soit son milieu social, on fait donc toujours très fortement attention à son allure vestimentaire. On juge plus ou moins sévèrement les rares qui oseraient déroger à la règle. Et on rejette toujours autant que possible un mode de vie qui n'est visiblement pas le sien, étant donné qu'on n'est toujours pas « vraiment » Argentins. 
 

 

 

Histoire que les gens ne confondent pas tout, et ne commencent pas à prendre Buenos Aires pour une bonne vielle ville d'Amérique du sud. Ou l'Argentine pour un bon vieux pays sous développé. C'est qu'il ne faut pas l'oublier : le pays a eu ses grandes heures de gloire. L'Argentine fut même une nation riche. Et même très riche pendant la première moitié du 20ème siècle. Il fut un temps, au début des années 90, où le peso argentin équivalait même tout bonnement le dollar américain (même si ce cours avait été fixé artificiellement par la dictature en place en souvenir des heures de gloire du pays). Avant que ne survienne la brutale dévaluation, qui conduisit la monnaie locale à son cours d´aujourd'hui, de 4 pesos pour 1 euro. Faisant du coup du pays un endroit pratiquement deux fois moins cher que son voisin, le Brésil ! Et précipitant par la meme de nombreux Argentins en dessous du seuil de pauvreté.  

 

 

   Pourtant ici, à Buenos Aires, rien n'y parait. Ou presque. On continue toujours de construire des maisons, des immeubles, des rues, des allées, qui ressemblent à s'y méprendre au 16e à Paris, à Canary Wharf à Londres, ou à la 5e rue à New York. On continue à se comporter comme un vrai étranger vis-à-vis de ses propres compatriotes, et du reste de l'Argentine. En gros, on ne se sent plus pisser, et on essaye surtout de toujours porter sur la figure un regard véritablement hautain, histoire de rappeler à tous les gens que l?on croise dans la rue - des gens de l'interior, des touristes, nous -, qui on est, et à quel point on pète plus haut que son arrière train. Même si on le sait, une fois la nuit tombée, les populations les plus démunies de la ville, celles qui furent frappées de plein fouet par la crise, ceux que l'on appelle les « cartenos » sortent de l'ombre afin de remplir les rues du centre ville, pour trier les ordures, les recycler, chercher de quoi arrondir les fins de mois.

 

 

Bon, en gros, vous l'aurez compris, Buenos Aires, on n'a pas vraiment adoré... Même si on le reconnaît, les copies des immeubles Haussmaniens que nous avons croisés au cours de nos pérégrinations nous ont pas mal impressionné par leur similarité avec les vrais, ceux qui se trouvent de l'autre côté de l'Atlantique. On a aussi trouvé ça plutôt joli, le quartier des docks, Puerto Madero, dont l´architecture a été visiblement très inspirée par les bâtiments et les grandes allées ultra modernes de Canary Wharf (la nouvelle City) à Londres. On a trouvé ça aussi assez intéressant, à quel point certaines rues de la capitale rappellent énormément New York. Mais du coup, précisément à cause de ça, du manque d'authenticité et d'identité culturelle de la ville, sans oublier l'attitude quelque peu pète sec des Portenos que nous avons croisés (rien à voir, nous le constaterons plus tard, avec le reste de l'Argentine), ben y'a pas à dire, on était plutot content de partir de Buenos Aires. Même s'il y a des choses que nous avons quand même aimé, ou qui nous ont plutôt fait sourire...


Par Kim & Christophe - Publié dans : Argentine 10 Sept - 8 Oct. 06
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