Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /2006 00:21

C’est un peu groggy que nous entamons notre descente caqués et bottés au fin fond du gouffre béant qui s’ouvre devant nous. La « bouche du Diable ». Soit les infernales mines de Potosi, et leurs interminables tunnels, au cœur desquels triment encore quotidiennement quelques 7000 mineurs, de tout âge… Nous croisons des gosses âgés d’à peine plus 16 ans. D’autres, de 6 ou 8 ans, venus « accompagner » leurs papas… Ainsi que de veilles dames, assises à l’embouchure des mines, brisant infatigablement des monceaux de pierre, afin d’en extraire le précieux métal.



 












La descente se fait d’abord en douceur. Aucune façade à escalader, aucune paroi abrupte à arpenter. Rien que du plat. Quelques crevasses par ci par là, qu’il convient de contourner sans s’énerver. Mais jusque là, rien de très violent. Nous croisons un mineur, qui travaille dans l’obscurité la plus totale (on ne comprend d’ailleurs pas très bien pourquoi, afin d’économiser la batterie de sa lampe ?) à plusieurs niveaux de profondeur. Plus que quelques minutes, et il pourra introduire le bâton de dynamite entreposé à quelques centimètres de ses pieds dans la cavité qu’il est en train de creuser…


L’air ici est très mal approvisionné en oxygène, et saturé de débris et de dépôts de poussières, dont certaines particulièrement toxiques (il y aurait ici parait-il de l’amiante, lira-t-on plus tard dans notre guide…). Il n’existe toujours pas de matériel moderne susceptible de rendre le labeur des mineurs un tout petit peu moins pénible. Pas de marteau piqueur, de chariot électrique… Tout ou presque se fait encore à la force de la main, ou du dos. Alors que le kilo d’argent ne se vend pas à plus de 2 ou 3 Boliviens (1 euro équivalant à 10 Boliviens)… Il ne faut pas chercher très loin pour comprendre pourquoi l’espérance de vie d’un mineur à Potosi ne dépasse que difficilement les 50 ans. Sans compter ceux, nombreux, qui ne parviendront jamais à cet âge là. Ici, on dit qu’ils sont près de 8 millions à y avoir laissé la vie, depuis l’ouverture des mines, il y a maintenant 400 ans. On dit même qu’il serait possible de construire tout un pont menant de Potosi, en Bolivie, jusqu’à la ville de Madrid, en Espagne, rien qu’avec les os des trépassés…

 

 

Ajoutez à ça le rituel quasi obligé par lequel passent tous les mineurs afin d’honorer le Dieu des mines, « El Tio », qui dispose d’un autel au sein des mines mêmes, et la « Pacha mama », la terre mère, histoire de les protéger dans les profondeurs et leur assurer une extraction fertile. Nous n’y échapperons pas. C’est qu’il s’agit d’une affaire très sérieuse entre ces murs. C’est donc aux pieds d’un Dieu incarné par le Diable* que nous nous voyons quasi contraints forcés de fumer une cigarette en l’honneur du Dieu des mines (merveilleuse expérience pour les non fumeurs…), mâcher des feuilles de coca (un enchantement quand on est à jeûn…), et surtout boire de l’alcool à 96°C (oui, vous avez bien lu, non pas de l’alcool à 90°C mais bel et bien 96°C ! Déjà que nous ne nous doutions absolument pas qu’il était même physiquement possible d’ingurgiter quoi que ce soit au dessus de 50°C ou 60°C…). Avec la cigarette allumée et l’alcool quasi pur, un accident malencontreux serait vite arrivé…

 

 

 

En sachant que nous avons eu le bonne idée de copieusement arroser notre dîner de la veille avec trois comparses francophones rencontrés au cours de l’expédition du Salar de Uyuni, vous pouvez donc aisément imaginer notre joie à l’idée d’exécuter ce merveilleux rituel, dans notre état… Une joie qui atteindra son apogée lorsque, après avoir fumé, mâché nos feuilles de coca et humecté nos lèvres de ce délicieux alcool à 96°C, nous nous retrouvons à devoir commencer à escalader quelques petites parois bien abruptes, avec nos bottes en caoutchouc un tantinet trop grandes pour nous, afin de pouvoir ressortir d’ici… Un pur bonheur avec un grand B. Anne et Mickaël (qui eux avaient pris la sage décision de cuver, euh je veux dire dormir, à l’hôtel) doivent encore rigoler de là où ils sont maintenant (eux aussi sont en tour du monde). Olivier, notre ami Belge, un peu moins. Il était avec nous.

Voir la vidéo « Démo d’explosion à Potosi ».

PS : Rendons hommage au passage à la boutade d’un touriste Belge (rien à voir avec le sus cité Olivier, ami Belge) croisé au départ de l’excursion dans la mine. Alors que nous venons chacun d’enfiler nos costumes de mineurs avec casque, lampe frontale, bottes etc., non sans difficultés vu notre état, le dit touriste Belge nous regarde des pieds à la tête et nous décoche assez fièrement : « On a bonne mine, hein » ?!?...(...)... 

 

 

Par Kim & Christophe - Publié dans : Bolivie 9 - 23 Oct. 06
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