Lundi 13 août 2007 1 13 /08 /2007 19:54



Geisha. Gion, quartier des Geishas, à Kyoto. Il est 17h. Nous attendons, fébriles, l’appareil photo autour du cou, le doigt posé sur le déclencheur, postés à la croisée des deux principales rues. Ici, à Gion, il s’agit de l’heure critique. L’heure à laquelle les Geishas et apprenties Geishas, ou Geikos et Maikos, s’apprêtent à traverser le quartier afin de se rendre à leur tout premier rendez-vous de la soirée, au sein de l’une des maisons traditionnelles de thé de Gion. Des établissements auxquels il est tout à fait impossible d’accéder, à moindre d’être introduit par un habitué. Autour de nous, une petite centaine de touristes attendent, embusqués, nerveux, hantés par la peur de ne pas réussir à ramener le cliché que tout bon touriste se doit absolument de prendre lors de son passage au Japon : celui d’une Geisha, une vraie. C’est qu’elles ne sont désormais plus qu’une petite centaine à travers tout le pays. Ces précieux clichés vaudront donc bientôt de l’or. Tout à coup c’est le branlement de combat. L’ensemble du groupe se précipite tel une seule et unique masse humaine tout droit devant une maison de thé, où une jeune Geisha, ô inconscience quand tu nous tiens, vient de se poster afin de se soumettre à l’irrépressible désir photographique d’un de ces invités. Il n’en faut pas bien plus pour qu’elle se retrouve bientôt entourée par une horde de fous furieux prêts à tout pour subtiliser une toute petite centaine d’images durement volées. Un bon million de flash se met à crépiter tandis que la foule se fait de plus en plus dense… Les insatiables ne se contenteront pas de ces 10 minutes d’intense bonheur et passeront le reste de la soirée à poursuivre les pauvres Geishas d’un bout à l’autre du quartier. Dignes, ces dernières ne se mettront jamais à courir ou à réprimander ces primates d’étrangers, une véritable Geisha se devant de préserver apparence et contenance en toutes circonstances…



Les « Ryokans », ou maisons d’hôtes traditionnelles Japonaises. Cela fait bien cinq bonnes minutes que nous venons de pénétrer au sein de notre toute première chambre traditionnelle Japonaise, composée comme il se doit de son sol entièrement recouvert de tatamis en paille de riz, de sa table basse laquée, de son service de thé assorti, posés très exactement au milieu de la pièce, et de ses fines portes coulissantes… Rien, absolument rien ne saurait venir perturber la suprême harmonie de l’ensemble des éléments disposés au sein de cette pièce préparée spécialement à notre attention. Rien pas même ce qui devrait ressembler de près ou de loin à un semblant de futon, de matelas, de quoi que ce soit qui pourrait faire office de couchage. Nous voilà donc plongés dans un état de perplexité avancée : mais où que c’est donc qu’on dort? Une demi heure d’intense réflexion plus tard, nous découvrons le fin mot de l’histoire. Les dits futons ont été très discrètement dissimulés à l’abri de notre champ de vision, à l’intérieur des placards muraux prévus à cet effet. Ceci afin de n’être déroulés à même le sol qu’une fois la nuit tombée, pour que nous puissions jouir le reste de la journée d’un cadre absolument dépourvu de toute interférence esthétique. Futons qui doivent donc être tout aussi discrètement rangés une fois le soleil levé…
 


Vivre à la Japonaise.
Nous voilà rentrés à la « maison » après une journée de folles visites à travers tout Kyoto. Ni une ni deux, nous déchaussons nos tongs et les rangeons sur les étagères prévues à cet effet à l’entrée du « ryokan », pour enfourcher tout aussi prestement nos chaussons « de couloir », jusqu’à la porte de notre chambre… Où nous prendrons bien soins de nous déchausser de nouveau avant de fouler le sol de tatamis avec nos pieds tous nus. Une petite envie pressante ? Nous dévalons le chemin jusqu’à la salle de bain avec nos chaussons « de couloir » avant de déchausser pour rechausser nos chaussons en plastique « de salle de bain ». Après nous être servis de manière appropriée de la chasse d’eau électronique et du papier toilette humidifié parfumé, nous retournerons au sein de notre chambrée après avoir déchaussé, rechaussé, déchaussé. Un désir irrépressible de prendre un bain ? Nous rechaussons, déchaussons, rechaussons et pénétrons au sein de la salle de bain Japonaise pourvue, merveille des merveilles, d’une grande baignoire déjà entièrement remplie d’une eau bien chaude (voire brûlante). Nous ne faisons bien entendu pas la suprême et fatale erreur d’essayer de rentrer dans le bain tel quel, et encore moins d’y verser un épais bain moussant dégoulinant. Non, nous nous douchons d’abord à grande eau et à gros coups de savon, avant d’entrer dans un bain principalement réservé, au Japon, non pas au décrassage mais à la relaxation pure. Dans le cadre de « ryokans » où les salles de bain (unisexes) sont partagées, ne pas se laisser intimider par les autres invités totalement dénudés qui se baignent également tranquillement à nos côtés.




Zen, ou « méditation silencieuse » en Japonais. C’est un fait absolument universel qui transcende toutes les lois intergalactiques : le Japonais ne s’énerve jamais. Le Japonais bien élevé ne perd jamais son calme, pas plus qu’il ne s’abaissera à manifester ouvertement quoi que ce soit qui ressemblerait à de l’impatience, du mécontentement, de l’agacement, de l’exaspération, à une envie irrépressible d’extirper à mains nues les tripes des étrangers qui osent fouler ses tatamis immaculés avec des chaussures non prévues à cet effet. Non, le Japonais, le vrai, reste « zen » à tout instant de sa vie, grâce à une pratique intensive de la « méditation silencieuse » pratiquée dès le plus jeune âge. Une pratique qui se retrouve dans tous les aspects de sa vie, depuis l’organisation de ses toilettes, à l’architecture de ses jardins. Un véritable jardin « zen » n’offre donc à la vue de ses spectateurs « zens » rien qui pourraient nuire à leur absolue « zenitude ». Rien donc excepté une vaste mer de pierres subtilement « rangées » en lignes courbes, strictement parallèles, à l’aide de divers instruments de « jardin », parsemée de ci de là par quelques rochers isolés, ou savamment groupés par deux ou trois. Le jardin « zen » étant censé provoquer un véritable état psychique de « zen » absolu, il est donc, en toute logique, totalement interdit de « physiquement » s’y aventurer.



Par Kim & Christophe - Publié dans : Japon 21 Juin - 5 Juillet 07
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