En gros, là, maintenant, tout de suite, nous sommes censés exécuter une superbe roue. De celles que l’on apprend à faire en école primaire pendant le cours de gymnastique. Ou presque. Hormis que la gym, nous, on n’a pas connu depuis une bonne dizaine d’années. Et qu’ici, dans la salle de capoeira d’Arrial d’Ajuda, il n’y a pas l’ombre d’un tatami. Et pas non plus l’ombre d’un débutant. Du coup, on regarde un peu anxieux les autres élèves du cours, les vrais, enchaîner le plus naturellement du monde, les uns après les autres, ce qui constitue le « salut » en capoeira. Et le « salut » en capoeira consiste à faire la roue, face à son partenaire, tout en ne le quittant jamais des yeux.
Autrement dit pour nous, quasi mission impossible. Et nous ne sommes que dans la première demi heure de cours, sur un total d’une heure et demie. Alors qu’arrive dangereusement notre tour, nous pensons bien passer par la fenêtre tout en simulant une violente crise d’épilepsie. Mais nos partenaires sont déjà en position, prêts à nous entraîner dans une série interminable de roues capoeiriennes. On se lance donc en priant très fort pour n’éborgner personne, et nous retrouvons quelques minutes plus tard comme par magie isolés sur le côté avec un professeur particulier, un des élèves du cours réquisitionné sur le vif afin de s’occuper de nos cas apparemment très particuliers.
A quelques centimètres de nous, de l’autre côté d’une ligne tracée à la craie afin de délimiter notre « espace d’apprentissage », le reste de la classe enchaînent leurs figures habituelles, projettent leurs corps dans les airs, jettent leurs jambes le long de leur buste, alternent sauts périlleux et grands écarts latéraux… pendant que nous, au bout d’une heure d’efforts surhumains, en sommes toujours à essayer d’exécuter correctement notre pitoyable roue. Notre professeur semble finir par se faire une raison. Nous n’avons visiblement pas des corps suffisamment élastiques et un sens suffisamment inné de la non gravité pour faire des capoeiristes nés. Pas comme les petits bouts d’hommes que nous avions filmés lors de notre visite dans
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Ca y est. C’est trop tard. Nous allons y rester. Ce n’est pas une exagération. C’est juste la triste réalité à laquelle nous devons bien faire face alors que nous gisons tous deux lamentablement sur nos chaises respectives, incapables de bouger le petit doigt, et encore moins de nous lever afin de nous rouler jusqu’au taxi le plus proche. En un mot, nous sommes au
Bref, nous essayons de faire bonne figure envers et contre tout (après tout, nous avons quand même 10 mois devant nous, alors trois jours de soleil de plus ou de moins…), sortons sagement nos pulls, manteaux et grosses écharpes (si si) et nous évadons tout de même de temps à autre de notre chambre, en courant de toute nos forces pour aller manger. Cela n’empêche, entre deux averses, on profite tout de même des paysages – magnifiques, avec une luminosité étonnante, mêlant le gris, l’orange, le jaune et le bleu, au dessus des murs multicolores du village, et des palmiers chahutés par le vent.
Pour partir en beauté, nous enchaînons sur une nuit assez arrosée en caïpirinhas, dans un bar localement réputé pour ses concerts de Samba, le samedi soir. Ce n’est pas une légende, les Brésiliens savent faire la fête. Au petit matin, nous sommes en parfait état (léthargique) pour nos bonnes grosses 4 heures de bus. Direction le sud du Brésil. Point de chute : Paraty! La station balnéaire par excellence au Brésil, nous dit-on. On prépare donc crèmes solaires et maillots de bain, et nous apprêtons à cuire au soleil le long de magnifiques plages de sable fin, bordées par des eaux réputées ultra cristallines...
Question pour un champion : Avant de dérouler notre parcours du combattant de bon touriste à Rio, un brin de « culture » s’impose. A votre avis, pourquoi la ville s’appelle-t-elle « Rio de Janeiro » (qui signifie « Fleuve de Janvier », alors qu’il n’y a pas de fleuve traversant la ville ?). Alors, alors, qui sait ?...
Nous prenons donc le téléphérique du Pain de Sucre, réalisant trop tard, une fois bien arrivés tout en haut, que nous n’avons plus assez de cash pour prendre les transports en commun. Nous préférons éviter de traverser les rues désertes,
Nos sauveurs!

© Textes, Images et vidéos Kim Le Quoc et Christophe Deguine
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