Atterrissage à l’aéroport international de Rio de Janeiro. Il n’est pas encore 18h qu’il fait déjà nuit noire. Forcément, ici, au Brésil, à 11 heures de vol, pas moins de notre bonne vieille Gaulle, nous sommes en plein hiver. Excepté qu’ici, même en plein hiver, il fait encore une bonne vingtaine de degrés une fois la nuit tombée. Nous nous débarrassons donc rapidement de nos gros gilets sitôt sortis de l’avion, et sautons prestement dans le taxi spécialement affrété par notre auberge de jeunesse, « Hostal Brazil ». Notre « hostal » se situerait, nous dit-on, dans l’équivalent du Montmartre local. Autrement dit, au milieu d’un petit quartier surplombant le centre de Rio, dans les hauteurs de la ville donc, principalement habité par des artistes et des anciens hippies, si ce n’est qu’il est bordé de quelques petites favelas, en contrebas.
Rio boheme
Nous n’en sommes néanmoins pas moins supposés loger au cœur du coin « bourgeois bohème » par excellence de la ville. En haut d’un des symboles artistiques du quartier : l’escalier Selaron, du nom de l’artiste chilien qui travaille, et retravaille son escalier de mosaïque tout en couleurs, depuis les années 90. Nous le croisons plus tard à plusieurs reprises, en train de dessiner de nouveaux motifs, assis sur les marches tandis que de braves ouvriers défont et refont les mosaïques en plein cagnard. Nous, nous monterons et remonterons les quelques superbes 215 marches qui mènent jusqu’à notre hôtel, tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Après nous être refait le fessier une bonne vingtaine de fois (Argghh…), nous craquerons et déciderons d’emprunter le « bonde », l’autre symbole du quartier, le petit tramway jaune qui relie le quartier des affaires, du «Centro », situé tout en bas des collines de Santa Teresa, via le magnifique aqueduc de la « Lapa », à deux pas de chez nous.
Le temps des doutes...
Une petite vingtaine de minutes après notre arrivée, quelques doutes nous assaillissent tout de même. Il faut dire que de nuit, la rue menant à notre « hostal » n’a pas grand-chose de Montmartrois. Le « bas » quartier de « Santa Teresa », notre fief pour les quelques jours à venir, aurait même plutôt tendance à nous rappeler ce qui dans notre imaginaire se rapprocherait plutôt d’une « favela ». Les murs sont un tantinet défraîchis. Les constructions environnantes quelque peu sommaires. A part nos deux heureux faciès de « tour mondistes », il n’y a pas le début d’une ombre de touriste. « Voici votre chambre ». Vraiment, vous plaisantez, cela doit être une erreur… sont quelques unes des pensées qui nous traversent spontanément l’esprit. Lumière d’hôpital. Trois lits superposés à notre droite. Deux lits simples que l’on a rassemblés pour l’occasion à notre gauche. Et aucun, mais alors absolument aucun autre meuble dans la pièce qui puisse faire office de quoi que ce soit. Les commentaires des visiteurs également passés par cette auberge de jeunesse, que nous avions préalablement consulté sur Internet, nous repassent alors rapidement en tête. Il nous semblait pourtant bien que la plupart d’entre eux avaient donné une bonne note à l’Hostal Brazil en matière de charme. Mais là, on a beau chercher, on ne voit pas bien pourquoi.
Une bonne affaire...
« Vous payez combien votre chambre ? » « 70 reals ». Soit l’équivalent de 13 euros par nuit, par personne. Il faut dire que ça n’aide pas que le real soit passé de 1 euro = 3,5 reals sur le Lonely Planet à 1 euro= 2,7 aujourd’hui. « Ca va, c’est pas cher. Du côté d’Ipanema », c’est-à-dire du côté des belles plages de Rio, « c’est plutôt dans les 120 reals ». Soit 22 euros/pers. Et encore, pour une chambre très rudimentaire, lit-on par la suite dans notre guide touristique. Nous nous serions donc plutôt bien débrouillés (dire que le salaire minimum mensuel d’un « carioca » - habitant de Rio- est autour de 300 reals, ça laisse peu d’argent pour une « Skol » - bière locale » ou une caïpi…). Entre temps, nous avons eu l’occasion de zieuter sur les autres chambres de l’auberge. Et apparemment, nous avons en fait, et de loin, la meilleure chambre de tout l’hostal.
Les avantages de la basse saison
Passer par Rio en basse saison a également définitivement ses avantages. Non seulement nous payons deux fois moins cher qu’en période de carnaval. Qui plus est nous bénéficions d’une salle de bain et d’une grande terrasse, baignée de soleil à l’heure du petit déjeuner, pour nous tous seuls, pendant pratiquement toute la durée du séjour. C’est certain, nous commençons finalement et progressivement à apprécier notre logis. D’autant que nous découvrons vendredi soir une toute autre facette du voisinage. Pratiquement désert le reste de la semaine, il grouille une fois le week-end arrivé de cariocas, de touristes, de musique, de stands en tous genre… Nous le comprenons bien vite : à Rio, il s’agirait bel et bien du quartier par excellence où sortir, manger et danser la samba une fois la dure semaine de labeur achevée. Nous avons même du mal à revenir à l’hostal, situé à 5 minutes à pied, à peine du cœur de toute cette effervescence : l’avenue Mem de Sa.






Nous sommes en train de lézarder
Question pour un champion : Avant de dérouler notre parcours du combattant de bon touriste à Rio, un brin de « culture » s’impose. A votre avis, pourquoi la ville s’appelle-t-elle « Rio de Janeiro » (qui signifie « Fleuve de Janvier », alors qu’il n’y a pas de fleuve traversant la ville ?). Alors, alors, qui sait ?...
Nous prenons donc le téléphérique du Pain de Sucre, réalisant trop tard, une fois bien arrivés tout en haut, que nous n’avons plus assez de cash pour prendre les transports en commun. Nous préférons éviter de traverser les rues désertes,
Nos sauveurs!
Pour partir en beauté, nous enchaînons sur une nuit assez arrosée en caïpirinhas, dans un bar localement réputé pour ses concerts de Samba, le samedi soir. Ce n’est pas une légende, les Brésiliens savent faire la fête. Au petit matin, nous sommes en parfait état (léthargique) pour nos bonnes grosses 4 heures de bus. Direction le sud du Brésil. Point de chute : Paraty! La station balnéaire par excellence au Brésil, nous dit-on. On prépare donc crèmes solaires et maillots de bain, et nous apprêtons à cuire au soleil le long de magnifiques plages de sable fin, bordées par des eaux réputées ultra cristallines...
Bref, nous essayons de faire bonne figure envers et contre tout (après tout, nous avons quand même 10 mois devant nous, alors trois jours de soleil de plus ou de moins…), sortons sagement nos pulls, manteaux et grosses écharpes (si si) et nous évadons tout de même de temps à autre de notre chambre, en courant de toute nos forces pour aller manger. Cela n’empêche, entre deux averses, on profite tout de même des paysages – magnifiques, avec une luminosité étonnante, mêlant le gris, l’orange, le jaune et le bleu, au dessus des murs multicolores du village, et des palmiers chahutés par le vent.
Ca y est. C’est trop tard. Nous allons y rester. Ce n’est pas une exagération. C’est juste la triste réalité à laquelle nous devons bien faire face alors que nous gisons tous deux lamentablement sur nos chaises respectives, incapables de bouger le petit doigt, et encore moins de nous lever afin de nous rouler jusqu’au taxi le plus proche. En un mot, nous sommes au 

© Textes, Images et vidéos Kim Le Quoc et Christophe Deguine
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