Nous voilà enfin arrivés à bon port. Après un premier bus, un ferry, un taxi, puis un avion avec escale, un second bus, un troisième, un quatrième, un passage à la douane brésilienne, un cinquième bus. Et hop là, quelques 20 heures plus tard, à peine, après avoir quitté Arraial d’Ajuda au Brésil, nous sommes déjà installés dans notre nouvelle chambre, à Puerto de Iguazu, en Argentine.
Après deux semaines de farniente sans soleil, de plages sans baignade, deux semaines que certains pourraient qualifier de grosse loose, nous nous sommes tristement résignés à remettre nos tubes de crème solaire quasi neufs dans nos sacs, et à partir du Brésil pour découvrir l’Argentine… Rien ne sert de s’acharner. La dépression qui remonte alors tranquillement de
Des chutes qui seraient même considérées par certains comme les plus belles du monde. Mieux que les chutes du Niagara aux Etats-Unis ou les chutes de Victoria, en Afrique. Rien que ça. En attendant la superbe journée qui nous attend donc le lendemain, nous commençons par profiter d’un repos bien mérité, allongé dans un véritable lit, histoire de donner un peu de répit à nos dos meurtris par un séjour un tout petit peu trop prolongé en position demi couchée.
Nous nous relaxons donc, surfons sur les 36 000 chaînes câblées que capte notre super télé. Nous nous laissons le temps d’admirer les pierres et les poutres apparentes de notre mini appart, normalement fait pour accueillir six personnes. Qui ne nous coûte que 18 euros en tout et pour tout. Soit 9 euros par personne, par nuit. Hourra la basse saison et le niveau de vie en Argentine, deux fois moins élevé qu’au Brésil. Excepté que, tout doucement, très progressivement, une drôle d’odeur tout de même commence à s’échapper du côté gauche de notre merveilleux lit…
L’humidité ? La pierre ? Les poutres ? Ou bien… du pipi ??!! (!!!????) Nous n’en croyons pas nos yeux. Ou plutôt nos narines. Quelqu’un (les précédents occupants de la chambre ? La femme de ménage ? Un chien ?) aurait il eu la brillante idée de se soulager sur le mur en haut à gauche de notre lit avant de quitter la pièce ? Ou pire, directement sur le coin en haut à gauche du… matelas ??!! ( ????) Nous en avions entendu parler, mais n’avions encore jamais eu la chance (…) de l’expérimenter. Le manque d’hygiène parfois constaté dans certains établissements hôteliers d’Amérique du sud.
Et, à y regarder (renifler) de plus près, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. La « délicieuse » odeur vient bien de notre matelas/drap/couverture. Nous nous précipitons donc à la réception pour expliquer la situation. Baragouinons dans un espagnol passablement rouillé en agitant les bras devant un gardien à moitié endormi. Qui n’a pas l’air plus surpris que ça ( ??!!!), et nous donne gentiment de nouveaux draps. Propres. Comme si de rien n’était. Nous ne sommes que partiellement soulagés. Retournons le matelas en attendant de pouvoir éventuellement changer de chambre le lendemain. Avant de se retrouver quelque peu abasourdis, quelques heures plus tard, devant une des tenantes du lieu qui nous soutient dur comme fer que cette drôle d’odeur n’est en fait « que » le « désodorisant » qu’utilisent les femmes de ménage ( ??!!). Et que non, ils ne peuvent pas nous fournir un nouveau matelas (euh, que comptent-ils exactement faire avec le matelas qui se trouve actuellement dans notre chambre ?) Et que non, ils ne peuvent pas nous reloger dans une chambre du même type.
Comment faire pire ? Remplacer les draps propres que nous avions échangés la veille, pour nous remettre exactement les draps que nous avions en arrivant. Ceux là même donc qui suintaient cette délicieuse odeur de pipi, exactement au même endroit, en haut, à gauche du lit. Tout en nous faisons croire donc qu’il s’agit là bel et bien de draps tout propres, tout neufs. Si si, c’est incroyable, mais c’est bel et bien vrai. Que faire en pareilles circonstances ? Prendre nos jambes à nos cous en n’essayant pas trop d’imaginer quelles autres pratiques hautement non hygiéniques doivent être pratiquées par ce charmant établissement, pour nous précipiter dans le premier hôtel un tant soit peu standardisé en terme de propreté venu…






Nous sommes en plein coeur de Buenos Aires. Certes, officiellement, l'hiver est toujours là. Mais le printemps commence maintenant dans deux jours, à peine. Qui plus est, aujourd'hui, il fait vraiment très chaud. En bons gros touristes que nous sommes, nous déambulons donc dans tous les quartiers de la capitale Argentine en bonnes vielles tongs et bermudas d' été. Au début, on n'est pas trop surpris de voir certaines personnes zieuter nos pieds, un peu étonnés, quand même. Alors que eux, les vrais « Portenos » - habitants de Buenos Aires -, en sont encore quasi au gros manteau de laine et aux grandes bottes d´hiver.
Mais tout même, au bout d'un moment, on ne peut pas s'empêcher de le remarquer, les regards sont vraiment tous très très (très) insistants. Et le plus souvent accompagnés d'un horrible rictus de dégoût. Un peu plus et ils nous vomiraient tous quasiment dessus. A ce point, c'est tout de même un peu étrange. On finit donc par s'interroger. Mais pourquoi donc ce drôle de comportement ?
Pour commencer, l'apparence à Buenos Aires serait vraisemblablement tout. Forcément, ici, on se sent beaucoup plus Européen qu'Argentin. Même plus d'un siècle après les premières vagues d'immigration venue d'Europe à la fin du XIXe siècle, qui ont très majoritairement formé Buenos Aires (et le reste de l'Argentine d'ailleurs, avec 90% d'Argentins revendiquant en fait une origine européenne, pour seulement 10% d'indiens ou métisses), on continue à se comporter comme tel. Quelque soit son milieu social, on fait donc toujours très fortement attention à son allure vestimentaire. On juge plus ou moins sévèrement les rares qui oseraient déroger à la règle. Et on rejette toujours autant que possible un mode de vie qui n'est visiblement pas le sien, étant donné qu'on n'est toujours pas « vraiment » Argentins.
Pourtant ici, à Buenos Aires, rien n'y parait. Ou presque. On continue toujours de construire des maisons, des immeubles, des rues, des allées, qui ressemblent à s'y méprendre au 16e à Paris, à Canary Wharf à Londres, ou à la 5e rue à New York. On continue à se comporter comme un vrai étranger vis-à-vis de ses propres compatriotes, et du reste de l'Argentine. En gros, on ne se sent plus pisser, et on essaye surtout de toujours porter sur la figure un regard véritablement hautain, histoire de rappeler à tous les gens que l?on croise dans la rue - des gens de l'interior, des touristes, nous -, qui on est, et à quel point on pète plus haut que son arrière train. Même si on le sait, une fois la nuit tombée, les populations les plus démunies de la ville, celles qui furent frappées de plein fouet par la crise, ceux que l'on appelle les « cartenos » sortent de l'ombre afin de remplir les rues du centre ville, pour trier les ordures, les recycler, chercher de quoi arrondir les fins de mois.
« Hijo de puta… suiia fbhiug hiwgy uocy zqdgb !!! »


© Textes, Images et vidéos Kim Le Quoc et Christophe Deguine
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